Le pitch cinéma
Émission du 25 sept. 2019
CEUX QUI TRAVAILLENT de Antoine Russbach Avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay et Delphine Bibet Prix du Public au Festival Premiers plans d’Angers Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question. « Ceux qui travaillent » s’inscrit dans un projet de trilogie. Initialement, le réalisateur Antoine Russbach avait le désir de réaliser un film choral intitulé « Ceux qui travaillent », « Ceux qui combattent » et « Ceux qui prient », dans l’idée d’esquisser un état général de la société. C’était un projet ambitieux, complexe et coûteux, dont il a débuté l’écriture à l’issue de ses études cinématographiques en Belgique. « Puis cette idée s’est transformée en projet de trilogie articulée autour du modèle médiéval formé par le tiers état, la noblesse et le clergé. Cette structure tripartite permet de mettre en évidence la difficulté de trouver sa propre place aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait dans une société plus traditionnelle, où chacun avait un rôle prédéfini. Bien que ce système médiéval soit problématique à plein d’égards, il permettait probablement d’éviter cette souffrance de ne pas savoir quelle était sa place. Notre société actuelle nous fait comprendre qu’on peut faire mieux, aller plus loin et nous fait douter de notre rôle. Mes personnages font écho à ces anciennes fonctions sociales et répondent à des questions fondamentales : qui nous nourrit, qui nous défend, qui prend soin de nos âmes ? » « Ceux qui travaillent » met en lumière les aberrations de notre système capitaliste, mais à aucun moment, il exprime l’idée qu’il faille l’éliminer. Selon Antoine Russbach, ce n'est pas un film pro-capitaliste ni un film totalement anticapitalisme : il nous fait remarquer que ce système est aussi celui qui nourrit en grande partie le monde occidental. « Le film nous met face à notre hypocrisie. Si nous avons appelé notre personnage central Frank, c’est en référence au monstre de Frankenstein. Frank est un peu la créature que nous avons fabriquée, que l’on désigne facilement en la condamnant, mais ce qu’elle fait nous arrange tous. Cette hypocrisie est très violente. Les gens de droite qui disent que le monde va s’autoréguler me font tout aussi peur que les gens de gauche qui veulent sauver le monde en détruisant le système, mais qui ont un téléphone dans leur poche dont le contexte de fabrication est plus que contestable. Si le film s’attache à quelque chose, c’est à notre aveuglement volontaire. Il dévoile que nous sommes tous complices du crime qu’a commis Frank. » Antoine Russbach a un goût pour les anti-héros, déjà à l’oeuvre dans ses deux courts-métrages. &l