Indigènes
S1, E1: En 1904, cinq mille musulmans travaillent en métropole. Ouvriers dans les usines de la capitale, les savonneries marseillaises ou le bassin minier du Nord, ils sont des sujets coloniaux et n'ont pas les mêmes droits que les citoyens français. La première guerre mondiale en fera des soldats. Venus d'Afrique du Nord et d'Afrique noire, ils découvrent la France dans les tranchées de Verdun. 80.000 morts, autant de blessés. Au lendemain de la guerre, la France salue le sacrifice des troupes coloniales : elle est alors fière d'être un grand empire musulman. Pour preuve, la construction de la mosquée de Paris, en 1926, et les honneurs réservés à son premier recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, musulman d'Algérie et haut fonctionnaire du Quai d'Orsay. Mais cette politique islamophile de prestige doit être confrontée à la situation des cent mille musulmans venus reconstruire le pays. Mal logés, en mauvaise santé, considérés comme dangereux, ils sont tenus à l'écart du reste de la population. L'hôpital "franco-musulman" qui leur est exclusivement réservé est étroitement lié aux services de police. Une police spéciale, la brigade nord-africaine, assure un contrôle tatillon et traque sans relâche les premiers indépendantistes menés par Messali Hadj. Car la politisation fait son chemin, et on retrouve les ouvriers musulmans dans les défilés du Front Populaire. Mais l'histoire se répète : La France recrute à nouveau massivement dans les colonies.
