Le Groenland, entre autonomie et convoitise
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ne cesse de revendiquer le Groenland. Quelles sont les spécificités de ce territoire qui intéresse tant les États-Unis ? Le Groenland est une île de plus de 2 millions de km2 peuplée de 56 000 habitants. D’un point de vue géographique et géologique, il appartient au continent nord-américain. Mais d’un point de vue politique, il est rattaché au Royaume du Danemark depuis sa conquête au XVIIIe siècle. Le Groenland dispose depuis 1979, d’un statut d’autonomie important à l’égard du Danemark, même si ce dernier conserve la gestion des questions de défense et de politique étrangère. Malgré cette autonomie, le Groenland reste économiquement très dépendant du Danemark, dont les subventions représentent une part majeure de l’économie groenlandaise. À cette dépendance économique s’ajoutent des problèmes sociaux majeurs : le mal-logement et la pauvreté y sont par exemple prégnants. Aussi, le Groenland connait-il une espérance de vie bien inférieure à celle du Danemark, et l’un des taux de suicide les plus élevés au monde. Par ailleurs, les revendications indépendantistes n’ont cessé de gagner du terrain au cours des dernières années. Dès 1985, le territoire avait fait le choix de quitter la CEE. Aux dernières élections de mars 2025, les partis soutenant l’indépendance du territoire sont arrivés en tête aux élections. Outre la dépendance à Copenhague, l’île doit faire face à de nombreux défis. Au même titre que le reste de la région arctique, le Groenland connait un réchauffement climatique accéléré provoquant la fonte des glaces. Ce phénomène est également vecteur d’opportunités. La réduction de la banquise ouvre de nouvelles routes commerciales en Arctique, et le Groenland est stratégiquement placé. La diminution de la calotte glaciaire permet également d’envisager l’exploitation des très nombreuses ressources présentes au Groenland, jusqu’ici en partie inaccessibles. Ces opportunités nourrissent les appétits des grandes puissances, Russie, États-Unis et Chine en tête, qui se concurrencent en Arctique. La Chine cherche notamment des opportunités de s’implanter économiquement au Groenland, quand la Russie réinvestit massivement ses territoires arctiques en particulier d’un point de vue militaire. Pour Washington, le Groenland constitue donc un point d’appui militaire majeur. Les États-Unis sont liés à l’île par un traité de défense depuis 1941, qui leur impose de protéger le Groenland et leur permet notamment d’y disposer d’une base militaire . Les ambitions de Washington semblent désormais dépasser l’enjeu militaire, pour tenter d’accaparer les ressources de l’île. Mais Donald Trump n’est pas le premier président à vouloir à acquérir le Groenland : les États-Unis ont déjà tenté de le faire en 1867, en 1910 ou encore en 1946 sans y parvenir. Les Groenlandais se sont exprimés sur la question et ne soutiennent pas une telle perspective. Quant au Danemark, soutenu par ses partenaires européens, il ne semble pas prêt à céder ce territoire stratégique à Washington.