La Santé : une prison sous pression
En plein Paris, elle est célèbre pour avoir accueilli entre ses murs le capitaine Alfred Dreyfus, le terroriste Carlos, le tueur en série Guy Georges, l'ennemi public numéro 1 Jacques Mesrine, l'homme d'affaires Bernard Tapie et plus récemment Nicolas Sarkozy. Exceptionnellement, pendant plusieurs semaines, une équipe de " Grands Reportages " a obtenu l'autorisation de s'immerger dans le quotidien de la prison de la Santé. Avec environ 1450 détenus pour 757 places, soit un taux d'occupation de près de 200 %, la surpopulation est devenue l'un des principaux défis de l'établissement, pourtant rénové il y a quelques années. Dans cette maison d'arrêt, chaque journée est un combat pour maintenir l'ordre et éviter l'embrasement. Pour Nassim, tout vient de commencer. Condamné à cinq ans de prison pour escroquerie et vol de carte bancaire, il passe d'abord quelques jours au quartier des arrivants, le temps de " s'acclimater " à sa nouvelle vie derrière les barreaux : "Je suis en train de réaliser que je suis en détention, ça fait toujours un choc de tout quitter dehors. Même si on a fait des conneries, on a une vie de famille, il y a des gens qui comptent sur nous, alors on a l'impression de tout abandonner." Comme tous les autres détenus, Nassim rejoindra ensuite les quartiers de détention où les violences sont quotidiennes. Chaque année, près d'un millier d'agressions physiques ou verbales sur des surveillants sont recensées à la Santé. Cela fait près de 3 par jour. Le capitaine Neveu est chargé de régler les conflits entre détenus et avec le personnel : "Parfois, il faut savoir utiliser la manière forte, parfois la douce. Si on arrive en meute, ça peut oppresser le détenu et exacerber les violences." Les surveillants doivent également lutter contre les trafics. Depuis les rues voisines, des projections de complices au-dessus des murs permettent de faire passer téléphones, stupéfiants et même des armes. À l'intérieur, Jesse, surveillant, multiplie les fouilles : "On est en plein Paris donc ça rentre sans cesse, mais on peut lutter. Même s'ils auront toujours un petit temps d'avance sur nous." L'an dernier, 1 532 téléphones ont été saisis à la Santé, soit plus de quatre par jour. Enfin, derrière les murs de la Santé, il y a aussi ceux qui préparent leur sortie. Condamné à près de quatre ans de prison, Joris, 27 ans, bénéficie d'un régime de semi-liberté. Chaque matin, il quitte la prison pour travailler sur son projet de réinsertion, dans un studio de musique : "Ça donne de l'espoir, on peut aller chercher du travail, voir la famille donc ça change tout, c'est vraiment un sentiment agréable !" Mais chaque soir, il doit impérativement franchir à nouveau les portes de la prison avant 17h. Un document exceptionnel qui nous plonge, sans fard, dans le quotidien de la maison d'arrêt la plus célèbre de France.